Dans un sous-échantillon de la cohorte Nutrinet, les forts consommateurs de produits bio présentent des concentrations urinaires réduites en quelques résidus de pesticides ; toutefois, la majorité des pesticides recherchés se trouvent en deçà des limites de détection aussi bien chez les forts que chez les petits consommateurs de produits bio.La France fait partie des pays utilisant le plus de pesticides dans l’Union européenne. Bien que les résidus de pesticides soient soumis à un encadrement réglementaire strict (teneurs inférieures à des valeurs arrêtées par les pouvoirs publics), existe-t-il des différences sensibles d’exposition à ces substances entre les consommateurs de produits issus de l’agriculture biologique et de l’agriculture conventionnelle ? C’est ce que des chercheurs français ont entrepris de vérifier, sur un échantillon de la cohorte française NutriNet[1].

Définir les petits et les grands consommateurs de produits bio

Première étape : identifier les consommateurs de produits bio et non bio au sein de la cohorte. Les questionnaires alimentaires régulièrement remplis en ligne par les participants ont permis de définir deux catégories de consommateurs : d’une part, les forts consommateurs de produits bio, dont le régime contient plus de 50 % d’aliments bio ; d’autre part, les faibles consommateurs, dont le régime contient moins de 10 % d’aliments bio. Autre pré-requis nécessaire à l’inclusion dans l’étude : avoir fourni un échantillon urinaire, ce qui n’est pas le cas de tous les participants Nutrinet. C’est en effet dans l’urine que les concentrations d’une vingtaine de pesticides (molécules mères et métabolites dérivés) étaient dosées afin de rendre compte de l’exposition alimentaire des participants à ces substances. Enfin, les auteurs ont procédé à un appariement entre les forts et les faibles consommateurs de produits bio, afin de limiter les différences entre eux ne relevant pas de leurs choix alimentaires (âge, sexe, tabagisme, etc.), susceptibles de biaiser les résultats (technique d’ajustement grâce à un score de propension). Cela a finalement permis de disposer d’un échantillon de 300 sujets équi-répartis dans les deux groupes (BIO et non-BIO).

Une exposition accrue pour quelques pesticides

Les différences dans les consommations d’aliments bio se révélaient particulièrement marquées entre les deux groupes, puisqu’elles représentaient 67 % et 3 % des consommations totales des groupes BIO et non-BIO, respectivement. Comment ces différences se répercutaient-elles sur les concentrations urinaires de pesticides ? La majorité des molécules recherchées se trouvaient à des concentrations inférieures aux limites de détection dans les urines des sujets des deux groupes. En revanche, la présence de quelques molécules se révélait plus fréquente, et ceci de façon plus marquée dans le groupe non-BIO. En outre, deux pesticides organophosphorés (le DETP et le DMTP[2]) et un métabolite de pyréthrinoïdes[3] se trouvaient à des concentrations inférieures dans les urines des sujets du groupe BIO, de même que la somme des métabolites organophosphorés (DAPs[4]). Les réductions observées variaient entre 17 et 55 %.

Des différences sous-estimées ?

Les différences observées concernent donc peu de substances mais pour les auteurs, cela pourrait tenir au fait que les participants du groupe BIO consomment quand même 40 % d’aliments issus de l’agriculture conventionnelle. Autre limite pouvant expliquer l’absence de différences entre les groupes pour certaines substances : certains pesticides sont aussi employés à d’autres usages – par exemple pour le traitement du bois voire comme additifs alimentaires ou comme médicaments – qui ne différencient pas les consommateurs BIO des non-BIO, et qui multiplient les sources d’expositions. Enfin, comme souligné par les auteurs, l’estimation de l’exposition à certains pesticides comme les métabolites organophosphorés, (de demi-vie courte) à partir d’un seul prélèvement urinaire, manque de robustesse.

Source : Baudry et al. Urinary pesticide concentrations in French adults with low and high organic food consumption: results from the general population-based NutriNet-Santé. J Expo Sci Environ Epidemiol. 2018 Sep 5. doi: 10.1038/s41370-018-0062-9.

[1] étude de cohorte réalisée sur une population d’adultes volontaires dont l’objectif est d’étudier les relations nutrition-santé.

[2] diéthylthiophosphote et diméthylthiophosphate

[3] l’acide 3- phénoxybenzoïque

[4] dialkylphosphates