Un essai d’intervention chez l’Homme montre que la restriction calorique entraîne une adaptation du métabolisme de base associée à une diminution du stress oxydant, corroborant les théories mécanistiques évoquées pour expliquer le ralentissement du vieillissement observé chez l’animal en situation de restriction calorique.La preuve a été maintes fois apportée chez l’animal : la restriction calorique prolongée conduit à une augmentation de l’espérance de vie chez de nombreuses espèces. Deux théories sont proposées pour expliquer ces effets : d’une part, un métabolisme de base ralenti et, d’autre part, une moindre production d’espèces réactives de l’oxygène – composés dont la production résulte du métabolisme énergétique cellulaire et responsables du stress oxydant subi par ces dernières et de leur vieillissement. Pour la première fois, une étude a testé ces hypothèses mécanistiques chez l’Homme, dans le cadre d’un essai randomisé contrôlé de deux ans. Parmi les 53 sujets ayant complété toutes les étapes de l’étude (indice de masse corporelle < 30 kg/m² ; âge moyen = 40 ans ; 2/3 de femmes), 34 étaient assignés de façon aléatoire à la restriction calorique (RC) et les autres au groupe témoin. La RC était estimée à 15 % en moyenne sur 2 ans (p< 0,001), entraînant une perte de poids de 8,7 kg (p< 0,001), dont 70 % de masse grasse.

Un ralentissement métabolique supérieur à l’effet de la perte de poids
Premier constat d’importance mis en évidence par les chercheurs : la restriction calorique a entraîné une diminution significative de la dépense énergétique mesurée en chambre calorimétrique sur 24h et pendant le sommeil. Cette diminution était supérieure de 80 à 120 kcal à celle expliquée par la seule perte de poids des participants : en particulier, la dépense énergétique pendant le sommeil était diminuée de 7 % supplémentaire par rapport à la diminution attendue du fait de cette perte de poids. Selon les auteurs, ce phénomène rendrait compte d’une adaptation durable du rythme du métabolisme de base avec une diminution de l’activité de l’axe thyroïdien.

Une production réduite de marqueurs du stress oxydant
Quid des effets de la restriction calorique sur les biomarqueurs du stress oxydant ? L’excrétion urinaire de quatre isomères de l’isoprostane F2 se trouvait significativement réduite dans le groupe RC, témoignant d’une production réduite de ces produits de peroxydation. Notablement, la réduction de l’un d’entre eux, le 2,3-dinor-iPF(2a)-III, marqueur principal du stress oxydant parmi les différents isomères, était corrélée au degré de restriction calorique ainsi qu’à la diminution du rythme du métabolisme de base.

Des premiers résultats mécanistiques qui restent à approfondir
Les résultats obtenus dans cette étude chez l’Homme corroborent donc les deux principales hypothèses mécanistiques formulées pour expliquer le ralentissement du vieillissement observé chez l’animal soumis à une restriction calorique : le ralentissement du métabolisme de base, associé à une diminution du stress oxydant. Croire pour autant que la fontaine de jouvence aurait enfin livré tous ses secrets ne serait pas raisonnable. Des interrogations demeurent puisque d’autres études rapportent par exemple une absence de diminution du stress oxydant chez des centenaires, ou encore une absence de relation entre le ralentissement du rythme métabolique et les dommages oxydatifs subis par l’ADN. En outre, les auteurs ne manquent pas de rappeler que le nombre de participants ainsi que la durée de l’étude reste ici limités. Et d’envisager les prochaines pistes d’investigation, depuis l’identification de marqueurs robustes témoins du vieillissement humain, jusqu’à l’étude de l’effet de certains anti-oxydants en combinaison avec la restriction calorique.

Source : Redman LM, Smith SR, Burton JH, Martin CK, Il’yasova D, Ravussin E. Metabolic Slowing and Reduced Oxidative Damage with Sustained Caloric Restriction Support the Rate of Living and Oxidative Damage Theories of Aging. Cell Metab. 2018 Apr 3;27(4):805-815.