Un consortium suisse vient de caractériser une sous-population de cellules du tissu adipeux qui ne se différencient pas en adipocytes et inhibent la différenciation des autres cellules souches adipocytaires. Des résultats majeurs publiés dans Nature.Longtemps considéré comme un tissu de stockage énergétique inerte, le tissu adipeux suscite un intérêt grandissant de la part de la communauté scientifique depuis la découverte, dans les années 1990, de sa fonction endocrine et de sa capacité à dialoguer ainsi avec les autres organes. Un consortium suisse publie dans Nature une nouvelle découverte majeure au sujet des cellules qui le composent. En effet, les dépôts de tissu adipeux sont particulièrement hétérogènes et si les adipocytes sont relativement bien caractérisés, les autres cellules de ce tissu, et en particulier les cellules souches adipocytaires, l’étaient beaucoup moins jusque là. En utilisant une technologie puissante dite de « transcriptomique à cellule unique », les chercheurs sont parvenus à distinguer, parmi ces dernières, trois sous-populations de cellules, chacune d’entre elles étant caractérisée par un profil type d’expression génétique (des centaines de gènes activés simultanément au sein d’une même sous-population). Ils ont ensuite cherché à caractériser les fonctions de ces trois populations. Résultats ? L’une d’entre elles, représentant moins de 10 % des cellules, présentait une très faible propension à se différencier en adipocytes en réponse à un cocktail de substances stimulant la différenciation. Qui plus est, ces cellules – baptisées Aregs (pour régulatrices de l’adipogénèse, en référence aux lymphocytes Tregs) inhibaient la différenciation des autres cellules lorsqu’elles étaient co-cultivées. En termes de profil type, elles exprimaient en particulier deux marqueurs, CD142 et ABCG1, et présentaient une localisation spécifique au niveau périvasculaire. Obtenus in vitro sur des cellules de souris, ces effets ont été répliqués in vivo : l’absence de cellules Aregs chez des animaux soumis à un régime riche en graisses augmentait le nombre d’adipocytes dans le tissu adipeux viscéral. Enfin, les chercheurs ont confirmé la présence de cellules Aregs et de leurs fonctionnalités chez l’Homme. D’après les auteurs, il pourrait s’agir d’une piste prometteuse pour réguler le développement du tissu adipeux et ouvrir la voie à de nouveaux moyens de traiter l’obésité.

Source : Schwalie PC et al. A stromal cell population that inhibits adipogenesis in mammalian fat depots. Nature. 2018 Jul;559(7712):103-108.