Brève – Modéliser la contamination des poissons au méthylmercure 

//Brève – Modéliser la contamination des poissons au méthylmercure 

Brève – Modéliser la contamination des poissons au méthylmercure 

Le degré de contamination des produits de la mer au méthylmercure peut être aggravé par des facteurs environnementaux comme la surpêche ou le réchauffement des océans. C’est ce que révèlent les travaux d’une équipe de Harvard ayant modélisé la complexité des interactions qui s’opèrent au cœur des écosystèmes marins. Polluant majeur de l’industrie, le mercure émis dans l’atmosphère se dépose dans les océans où il est converti en méthylmercure (MeHg) par certains micro-organismes. Le MeHg ainsi formé contamine de nombreuses espèces marines ; parmi elles, les poissons, qui représentent la principale source d’exposition de l’Homme à cette substance neurotoxique. En dépit d’émissions de mercure en baisse depuis les années 70, les niveaux de contamination mesurés dans les produits de la pêche ne reflètent pas toujours cette tendance. Comment l’expliquer ? Des travaux de modélisation entrepris à l’initiative de chercheurs de Harvard apportent quelques éléments de réponse. À partir de données de contamination au MeHg dans les sédiments, l’eau de mer et certaines espèces marines collectées sur plus de 30 ans dans le Golfe du Maine (Atlantique Nord), et en intégrant les relations trophiques au sein de cet écosystème, les chercheurs sont parvenus à prédire les évolutions des taux de contamination de plusieurs espèces largement consommées par l’Homme. Le premier focus réalisé illustre comment la surpêche de harengs dans les années 70 s’est traduite par des effets opposés sur la contamination des cabillauds (diminution du MeHg) et des aiguillats (augmentation du MeHg), en les poussant à modifier leur régime alimentaire de façon plus ou moins avantageuse en termes de teneurs en MeHg. Autre facteur de préoccupation majeur des auteurs : le réchauffement des océans1, qui serait responsable d’une augmentation de 30 % des teneurs en MeHg dans le thon rouge depuis les années 2010, alors même que ces taux ont largement diminué dans les océans. Conclusions ? Au-delà des réductions des émissions atmosphériques de mercure, la lutte contre le réchauffement climatique ainsi que la gestion des stocks de pêche doivent faire partie intégrante des politiques de réduction de l’exposition au MeHg.

Source : Schartup AT, Thackray CP, Qureshi A, Dassuncao C, Gillespie K, Hanke A, Sunderland EM. Climate change and overfishing increase neurotoxicant in marine predators. Nature. 2019 Aug;572(7771):648-650.

1 Les mécanismes expliquant l’effet de l’augmentation de la température de l’eau sur les teneurs en méthylmercure ne sont pas détaillés par les auteurs mais passeraient par un déplacement des niches écologiques de certaines espèces vers d’autres latitudes ou profondeurs, ce qui modifie la disponibilité des ressources alimentaires et les chaînes trophiques, et donc l’exposition alimentaire au méthylmercure.

2019-09-20T08:19:51+02:00