Des chercheurs suédois ont suivi l’évolution du poids de femmes issues de deux cohortes pendant plus de 10 ans : celles ayant pris du poids présentaient une lipolyse sous-cutanée altérée à l’inclusion dans l’étude, suggérant que l’incapacité à utiliser les réserves adipeuses pourrait conduire à une augmentation de la masse grasse expliquant la prise de poids.  Et si la prise de poids chez certains individus provenait d’une piètre capacité de leurs adipocytes à métaboliser les réserves de graisses stockées dans le tissu adipeux ? C’est la conclusion à laquelle des chercheurs sont parvenus, en suivant pendant plus de 10 ans deux cohortes de femmes (une centaine et une quarantaine de participantes respectivement, au début des études). À l’inclusion, les participantes étaient soumises à une mesure de leur lipolyse in vitro, sur des biopsies de leur tissu adipeux sous-cutané. Celle-ci a été étudiée à l’état basal et après stimulation par l’isoprénaline et d’autres molécules mimant les effets lipolytiques des catécholamines. Les femmes dont la lipolyse basale était élevée et/ou la lipolyse stimulée était faible présentaient des risques plus élevés de prise de poids (4,6 à 7,4 fois plus), de diabète de type 2 ou d’hyperglycémie à jeun (3,2 à 5,3 fois plus) et d’insulino-résistance (9 à 23,8 fois plus). Autre résultat marquant : les différences de lipolyse observées à l’inclusion dans l’étude entre les personnes qui allaient prendre du poids (WG) et celles qui n’en prendraient pas (WS) avaient disparu à la fin de l’étude, suggérant une évolution de la lipolyse concomitante à la prise de poids. De même, l’expression de plusieurs gènes (MGLL, AQP7, et FABP4) impliqués dans le contrôle de la lipolyse, mesurée au moyen de puces à ADN ou « microarrays », différait entre les sujets WG et WS au début de l’étude, alors qu’elle était identique à la fin de l’étude. Les hypothèses des auteurs pour expliquer ces résultats ? Une lipolyse insuffisante, résultant d’une lipolyse basale élevée qui ne peut pas être accélérée adéquatement par la stimulation par les catécholamines, pourrait déplacer l’équilibre du métabolisme des lipides vers le captage des acides gras (lipogenèse) au détriment de leur utilisation, ce qui facilite la croissance de la masse grasse. La lipolyse sous-cutanée stimulée pouvant être mesurée relativement simplement in vitro, ces résultats ouvrent la voie à l’identification de sujets à risque de prise de poids, chez qui des interventions promouvant par exemple l’activité physique pourraient stimuler la lipolyse et prévenir ainsi le développement de la masse grasse et les troubles métaboliques associés.

Source : Arner P et al. Weight Gain and Impaired Glucose Metabolism in Women Are Predicted by Inefficient Subcutaneous Fat Cell Lipolysis. Cell Metab. 2018 Jul 3;28(1):45-54.e3.