Dans une ré-analyse des résultats de l’étude PREDIMED tenant compte d’erreurs de randomisation,  une équipe confirme les effets du régime méditerranéen en prévention d’accidents cardiovasculaires chez des individus à risque. Cette étude vous donnera peut-être une impression de déjà vu… Et pour cause, ses résultats, issus de l’essai d’intervention PREDIMED (prévention des maladies par le régime méditerranéen) ont déjà fait l’objet d’une publication en 2013. Mais ayant constaté des erreurs méthodologiques, toujours susceptibles d’entacher la validité des conclusions, les auteurs ont pris la peine, et c’est tout à leur honneur, de retirer leur publication originale. Forts d’analyses consolidées, leurs résultats sont aujourd’hui republiés dans le New England Journal of Medecine. Commençons par rappeler l’objectif de l’étude : il s’agissait d’évaluer, via un essai randomisé, les effets du régime méditerranéen sur la survenue des maladies cardiovasculaires, chez des personnes à haut risque, c’est-à-dire présentant soit un diabète de type 2 soit au moins deux facteurs de risque importants (hypertension, tabac, cholestérol LDL élevé ou HDL faible, surpoids, antécédents familiaux d’accident cardiovasculaire).

Deux déclinaisons du régime méditerranéen
Des conseils alimentaires pour tendre vers un régime méditerranéen (consommations élevées de fruits, légumes, céréales ; modérées de poisson et volaille ; faible de produits laitiers, viande et produits sucrés ; vin à table chez les consommateurs habituels) étaient dispensés aux participants des groupes expérimentaux, au début de l’étude puis tous les trimestres. Deux déclinaisons du régime méditerranéen étaient testées : l’une mettant l’accent sur l’huile d’olive (Med-HO), l’autre sur les fruits à coque (Med-Nuts). Une bouteille d’huile d’olive était remise chaque semaine aux participants du groupe Med-HO, avec pour  consigne d’en consommer au moins 4 cuillères à soupe par jour. Quant aux participants du groupe Med- Nuts, ils recevaient 30 g par jour de fruits à coques (noix, noisettes, amandes). Les participants du groupe témoin recevaient quant à eux des conseils pour se rapprocher d’un régime pauvre en graisses. La durée médiane de suivi des régimes était de 4,8 ans.

De nouvelles analyses pour tenir compte d’une randomisation imparfaite
Près de 7 500 sujets (55-80 ans, 57 % de femmes) ont été assignés à l’un des trois régimes. Bien que l’étude ait été construite selon un protocole randomisé, des erreurs de randomisation ont été constatées par les auteurs a posteriori sur certains sites de l’étude. L’occasion de donner un aperçu des difficultés rencontrées en recherche pour la bonne mise en œuvre d’un protocole : par exemple, l’un des onze sites de l’étude a abandonné la randomisation individuelle et a assigné le régime en fonction du cabinet médical de rattachement du sujet. Un autre site aurait quant à lui fait une mauvaise utilisation des tables de randomisation reçues. Dans leur nouvelle analyse, les auteurs ont donc adapté la méthode d’estimation des effets pour tenir compte des imperfections de la  randomisation réalisée.

Les effets bénéfiques du régime méditerranéens confirmés
Le risque d’accidents cardiovasculaires (score composite de risque intégrant les infarctus, les AVC et les décès en résultant) étaient significativement réduits, de 30 % environ, dans les deux groupes consommant le régime méditerranéen par rapport au groupe témoin : HR = 0,69 (IC95% = 0,53-0,91) pour le groupe Med-HO et HR = 0,72 (IC95% = 0,54-0,95) pour le groupe Med-Nuts. Le recalcul des risques en excluant les presque 1 600 participants dont la randomisation était absente ou incertaine ne modifiait pas ces effets. Des résultats in fine similaires à ceux initialement publiés, et cohérents avec ceux des autres essais d’intervention et des études d’observation sur le sujet. La mise en place d’un régime méditerranéen chez les personnes à haut risque cardiovasculaire peut donc continuer à être encouragée.

Source : Estruch R et al. Primary Prevention of Cardiovascular Disease with a Mediterranean Diet Supplemented with Extra-Virgin Olive Oil or Nuts. N Engl J Med 2018; 378:e34.