L’illusion d’un apport calorique véhiculée par le goût sucré d’un édulcorant conduirait, via l’activation de circuits neuronaux, à une augmentation de l’appétit, de la perception du goût sucré et de la prise alimentaire, aussi bien chez la drosophile que chez la souris.

Le goût du sucre sans son contenu calorique : telle est la promesse du sucralose, un édulcorant utilisé dans de nombreux produits alimentaires. Pourtant, il pourrait bien stimuler l’appétit et la consommation, d’après des résultats expérimentaux obtenus chez la drosophile, mais aussi chez la souris. En effet, une augmentation de la prise alimentaire apparaît quelques jours après l’ajout de sucralose au régime de ces animaux (jusqu’à + 30 % environ). À travers une série de tests chez la drosophile, les chercheurs ont montré que cet effet résulte de l’activation du système insulinémique qui active à son tour plusieurs neuromédiateurs : d’abord l’octopamine et la dopamine, des neurotransmetteurs impliqués dans les voies de récompense gustative des insectes ; puis le neuropeptide F (NPF), puissant stimulateur de l’appétit, apparenté au neuropeptide P chez l’Homme. L’effet du NPF passe par la stimulation des récepteurs gustatifs Gr64f+, dont la perception du goût sucré est accentuée en présence de sucralose. L’addition de sorbitol (un glucide dépourvu de goût sucré mais présentant un apport calorique) au régime annule l’effet du sucralose sur la prise alimentaire, suggérant que c’est le déséquilibre généré par le goût sucré en l’absence d’apport calorique du sucralose qui est à l’origine de son effet orexigène. L’AMP-K (protéine kinase activée par l’AMP) relaie ce signal dans les neurones produisant la dopamine et le NFP. Ce circuit neuronal activé par le sucralose intégrant les systèmes de faim, du goût, de récompense et de l’énergie, serait aussi le circuit de réponse au jeûne.

 

Source : Sucralose Promotes Food Intake through NPY and a Neuronal Fasting Response. Wang QP et al. Cell Metab. 2016 Jul 12;24(1):75-90.