Société Française de Nutrition – Quel est l'effet du bisphénol S par rapport au Bisphénol A sur des cellules hépatiques ?

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L’évaluation des risques potentiels pour la santé humaine ont confirmé la nécessité de réduire l’exposition au Bisphénol A (BPA). En France, une loi vise à supprimer totalement le BPA des conditionnements alimentaires. Cependant, le BPA est progressivement remplacé par un analogue plus thermostable, le Bisphénol S (BPS). Or, très peu d’études ont à ce jour été menées pour définir l’action physiologique et la toxicité du BPS.

Afin de comparer l’effet de BPA et de son analogue BPS, des analyses métaboliques et toxicologiques ont ainsi été menées sur trois lignées cellulaires hépatocytaires : HepG2 (lignée cellulaire de référence dérivée d’un hépatocarcinome, utilisé couramment dans des études de biochimie et de biologie cellulaire du foie mais avec une faible réponse aux inducteurs d’expression génique), HepG2-PXR (lignée cellulaire d’hépatome qui exprime hPXR et CYP3A4) et HepaRG (lignée cellulaire d’hépatome qui exprime divers CYPs, ainsi que les récepteurs PXR et CAR et modèle stable jusqu’à 3-4 semaines contrairement aux 2 autres modèles cellulaires). Les cellules ont été exposées à différentes doses 1 pM à 500 microM) de BPA, BPS, diéthylstilbestrol (DES) et diméthyl sulfoxide (DMSO) respectivement utilisés comme contrôles positif et négatif sur une période de 72h pour les modèles cellulaires HepG2 et HepG2-PXR et jusqu’à 3 semaines pour HepaRG.

Grâce à l’utilisation d’un système d’impédancemétrie cellulaire en temps réel qui permet de suivre le nombre de cellules et leur morphologie au cours du temps, il a ainsi pu être démontré que le BPA et le BPS présentaient une toxicité à partir de 100 µM (diminution du nombre de cellules caractérisé par le Normalized Cell Index (NCI), mais de manière plus importante avec le BPA à 72h d’exposition sur les modèles HepG2 et HepG2-PXR.  Le même constat a pu être mis en évidence à 250 microM. A 500 microM, l’effet toxique du BPA était plus rapide et plus sévère que celui du BPS (à 48h le taux de cellules HepG2-PXR vivantes correspond à NCIBPA = 0 vs NCIBPS = 0,75). Lors d’expositions chroniques (après 6 jours à 250 microM sur modèle HepaRG), le BPA induisait une diminution du NCI de 50% par rapport au DMSO et de 100% à la fin du traitement, alors que le BPS entraînait une diminution de 20% du NCI par rapport au DMSO entre 9 jours et 3 semaines. Résultats qui sont encore plus marqués à 500 microM (diminution de 100% par rapport au DMSO en moins de 72 h pour le BPA, vs diminution de 50% par rapport au DMSO après 3 semaines pour le BPS).

Par ailleurs, contrairement au BPA, le BPS n’était pas capable d’induire une augmentation des lipides intracellulaires (excepté à des doses très élevées de 500 microM) et n’activait pas le récepteur PXR. Le BPS ne modulait ni l’expression du CYP3A4 et CYP2B6 ni l’expression d’autres gènes impliqués dans le métabolisme des lipides (FASN, PLIN). Cependant, il semble modifier l’expression des protéines GSTA4 et la voie de ERK 1/2, ce qui laisse soupçonner sa capacité à perturber la voie des MAP kinases qui ont un rôle important à jouer dans la croissance, la prolifération et la différentiation cellulaire.

En conclusion, le BPS semble moins cytotoxique que le BPA à doses équivalentes in vitro jusqu’à 3 semaines d’exposition sur des cellules hépatiques. D’autres études sont bien entendu nécessaires pour s’assurer de l’innocuité du BPS chez l’Homme. Au-delà de l’identification des dangers potentiels, de nombreuses incertitudes devront être résolues telles que la transposabilité à l’Homme des effets observés. Dans son avis publié en mars 2013, l’Anses recommandait de ne pas utiliser d’autres bisphénols comme solution de substitution au bisphénol A, en l’absence de données scientifiques complémentaires.

Source : Comparative study of bisphenol A and its analogue bisphenol S on human hepatic cells: A focus on their potential involvement in nonalcoholic fatty liver disease. Peyre L et al. Food and Chemical Toxicology 2014 May 1;70C:9-18. doi: 10.1016/j