Brève : Quelle place pour l’agriculture biologique dans un système alimentaire durable ? – Société Française de Nutrition

0
Rate this post

Selon différents scénarios modélisés, la conversion vers une agriculture biologique à l’échelle mondiale permet de limiter l’impact environnemental des productions alimentaires par certains aspects. Des mesures complémentaires comme la réduction des productions animales et du gaspillage sont néanmoins nécessaires pour tendre vers un modèle alimentaire durable au cours du 21ème siècle.

Rejets azotés, eutrophisation des milieux, émissions de gaz à effet de serre… l’agriculture intensive conventionnelle est accusée de nombreux méfaits environnementaux. Son alternative biologique (AB, c’est-à-dire sans intrants chimiques) est souvent avancée comme une solution : mais alors que la population mondiale s’accroît et que la demande alimentaire devrait augmenter, ses rendements seront-ils suffisants pour y répondre ? Par un minutieux travail de modélisation, des chercheurs européens montrent qu’une conversion totale en AB sans autre aménagement conduirait à une augmentation des surfaces de culture et accentuerait la déforestation. Ces effets indésirables pourraient être néanmoins limités par des actions sur deux types de leviers : d’une part, diminuer les productions végétales destinées à l’alimentation animale – et par voie de conséquence, celle des productions animales ; d’autre part, diminuer le gaspillage alimentaire (qui représente jusqu’à 40 % des quantités d’aliments produits). Une diminution de 50 % des productions végétales destinées aux animaux et une réduction de 25 % du gaspillage permettraient ainsi une conversion totale en AB sans augmenter l’utilisation des terres arables. Néanmoins, une telle conversion est susceptible de soulever d’autres problématiques : alors qu’une part d’AB jusqu’à 80 % réduirait les rejets azotés, la disponibilité en azote pour les cultures deviendrait limitante au-delà. La conclusion des auteurs : aucune des mesures modélisées ne nécessite une application radicale au taux maximal ; c’est la combinaison des différentes approches qui permettra de tendre vers un système alimentaire durable.

Source : Muller A et al. Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture. Nat Commun. 2017 Nov 14;8(1):1290.