Société Française de Nutrition – Actualités et veille en nutrition

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Comprendre les prédispositions à l’obésité

Le sucralose ouvre l’appétit de la drosophile et de la souris

Des smartphones pour mesurer, analyser et guider les consommations alimentaires

De la leucine et des acides gras à chaîne moyenne contre la sarcopénie

Diabète gestationnel : la glycémie de la mère, facteur de risque de surpoids et d’obésité de l’enfant

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septembre 2016

Comprendre les prédispositions à l’obésité

Soumises à un même régime riche en lipides, certaines souris grossissent davantage que d’autres et subissent des effets délétères plus sévères (fibrose hépatique, augmentation de l’insulinémie, etc.). Cette prédisposition semble liée à des facteurs génétiques (surexpression de gènes impliqués dans l’immunité et l’inflammation, gènes intervenant dans l’athérosclérose, etc.).

Les souris ne seraient pas toutes égales face à l’obésité, si l’on en croit les résultats de travaux menés chez des animaux recevant un régime riche en lipides (HFD ou High Fat Diet) pendant 12 semaines. Malgré un apport énergétique identique, la prise de poids s’est avérée supérieure chez certaines souris (0,30 ± 0,011 g/j) – qualifiées de prédisposées à l’obésité (OP) – par rapport à d’autres (0,21 ± 0,006 g/j), qualifiées de résistantes (OR). La dépense énergétique des souris OR était significativement plus élevée. En outre, les effets métaboliques délétères du HFD étaient atténués ou absents chez les souris OR par rapport aux souris OP : moindres augmentations du tissu adipeux de nombreux organes dont le foie et absence de fibrose hépatique ; moindres augmentations de la glycémie et de l’insulinémie, du marqueur d’insulino-résistance HOMA-IR, du cholestérol plasmatique et hépatique, de la leptine plasmatique, de marqueurs de l’inflammation (Interleukine-6, etc.) et de l’infiltration de cellules immunitaires dans le tissu adipeux. Pour expliquer ces différences phénotypiques, les chercheurs ont comparé les ARN messagers issus de la transcription des génomes des souris OP et OR. De nombreux gènes impliqués dans la réponse immunitaire et l’inflammation étaient surexprimés chez les souris OP par rapport aux souris OR, notamment ceux contrôlant l’extravasation des leucocytes (sortie des leucocytes du système sanguin vers les tissus) ; de même pour les gènes intervenant dans les voies métaboliques de l’athérosclérose ou de la fibrose hépatique. D’autres gènes étaient en revanche surexprimés chez les souris OR (motilité des spermatozoïdes, voies de transduction AMPc dépendante, etc.).  

Source : The metabolic response to a high-fat diet reveals obesity-prone and -resistant phenotypes in mice with distinct mRNA-seq transcriptome profiles. Choi JY et al. Int J Obes (Lond). 2016 Jun 28. doi: 10.1038/ijo.2016.70.

Aout 2016

Le sucralose ouvre l’appétit de la drosophile et de la souris

L’illusion d’un apport calorique véhiculée par le goût sucré d’un édulcorant conduirait, via l’activation de circuits neuronaux, à une augmentation de l’appétit, de la perception du goût sucré et de la prise alimentaire, aussi bien chez la drosophile que chez la souris.

Le goût du sucre sans son contenu calorique : telle est la promesse du sucralose, un édulcorant utilisé dans de nombreux produits alimentaires. Pourtant, il pourrait bien stimuler l’appétit et la consommation, d’après des résultats expérimentaux obtenus chez la drosophile, mais aussi chez la souris. En effet, une augmentation de la prise alimentaire apparaît quelques jours après l’ajout de sucralose au régime de ces animaux (jusqu’à + 30 % environ). À travers une série de tests chez la drosophile, les chercheurs ont montré que cet effet résulte de l’activation du système insulinémique qui active à son tour plusieurs neuromédiateurs : d’abord l’octopamine et la dopamine, des neurotransmetteurs impliqués dans les voies de récompense gustative des insectes ; puis le neuropeptide F (NPF), puissant stimulateur de l’appétit, apparenté au neuropeptide P chez l’Homme. L’effet du NPF passe par la stimulation des récepteurs gustatifs Gr64f+, dont la perception du goût sucré est accentuée en présence de sucralose. L’addition de sorbitol (un glucide dépourvu de goût sucré mais présentant un apport calorique) au régime annule l’effet du sucralose sur la prise alimentaire, suggérant que c’est le déséquilibre généré par le goût sucré en l’absence d’apport calorique du sucralose qui est à l’origine de son effet orexigène. L’AMP-K (protéine kinase activée par l’AMP) relaie ce signal dans les neurones produisant la dopamine et le NFP. Ce circuit neuronal activé par le sucralose intégrant les systèmes de faim, du goût, de récompense et de l’énergie, serait aussi le circuit de réponse au jeûne.

Source : Sucralose Promotes Food Intake through NPY and a Neuronal Fasting Response. Wang QP et al. Cell Metab. 2016 Jul 12;24(1):75-90.

JUIllet 2016

Des smartphones pour mesurer, analyser et guider les consommations alimentaires

Une étude randomisée contrôlée innovante ouvre de nouvelles perspectives de santé publique à travers l’utilisation de smartphones pour procéder, de façon peu contraignante, à des enregistrements alimentaires, à partir desquels des analyses et des messages nutritionnels personnalisés peuvent être générés.

Les chercheurs ont bien compris tout l’intérêt des smartphones : ils comptent nos pas… et pourraient aussi surveiller nos menus et nous conseiller ! Une équipe australienne a ainsi demandé à de jeunes adultes (18-30 ans) de photographier les aliments et boissons consommés pendant 4 jours à l’aide de leur téléphone portable, au début de l’étude (t0) puis à nouveau après 6 mois d’intervention (t6mois). Les quantités consommées étaient estimées à partir de ces photos par des diététiciens entraînés. Les participants ont ensuite été répartis de façon aléatoire dans un des trois bras de l’étude :

  • groupe « feedback » (n = 83) : message personnalisé commentant les consommations alimentaires à t0 ;
  • groupe « feedback + sms hebdomadaire » (n = 82) : message personnalisé + sms hebdomadaire d’information nutritionnelle pendant 6 mois ;
  • groupe témoin (n = 82) sans message ni sms hebdomadaire.

Les modifications de consommation observées entre t0 et t6mois ne différaient pas significativement entre les groupes pour l’ensemble des participants, mais des différences spécifiques au sexe ressortaient : les hommes et les femmes du groupe « feedback » ont davantage diminué leur consommation d’aliments de haute densité énergétique et de faible densité nutritionnelle (Diff. inter-groupes = -1,4 portions [-2,6 ; -0,2] ; p = 0,02) et de boissons sucrées (-0,2 portions [-0,4 ; – 0,01] ; p = 0,04) que le groupe témoin. L’évolution du poids du groupe « feedback » était significativement inférieure à celle du groupe témoin (Diff. = -1,7 kg [-3,2 ; -0,3] ; p = 0,02). Pour les auteurs, l’absence d’effets dans le groupe « feedback + sms hebdomadaire » – à l’encontre de leurs hypothèses – pourrait être due au manque de personnalisation des messages nutritionnels délivrés, ainsi qu’à la lassitude des participants face à ce type de message.  

Source : The connecting health and technology study: a 6-month randomized controlled trial to improve nutrition behaviours using a mobile food record and text messaging support in young adults. Kerr DA et al. Int J Behav Nutr Phys Act. 2016 Apr 21;13(1):52.

JUIN 2016

De la leucine et des acides gras à chaîne moyenne contre la sarcopénie

Les acides gras à chaîne moyenne pourraient optimiser les effets de la leucine sur la fonction musculaire dans une population âgée particulièrement à risque de sarcopénie.

Parmi les acides aminés indispensables, la leucine fait l’objet d’un intérêt grandissant en prévention de la sarcopénie. Pour lui permettre d’être utilisée préférentiellement pour la synthèse protéique plutôt que pour la production énergétique, des chercheurs ont testé les effets des triglycérides à chaîne moyenne (TCM) – dont l’oxydation mitochondriale musculaire est rapide et prioritaire – en les ajoutant à l’alimentation de personnes âgées fragiles (n = 11 H et 27 F ; 86,6 ans) d’un établissement de soins japonais. Dans le cadre d’une étude randomisée contrôlée de 3 mois, ces patients recevaient ainsi un comprimé de 1,2 g de leucine + 20 µg de vitamine D, ainsi que 6 g de TCM (LD + TCM ; n = 13) ou 6 g de triglycérides à longue chaîne (LD + TCL ; n = 13). Un groupe témoin ne recevait aucune supplémentation (n = 12). En termes de force et d’endurance musculaires, le groupe LD + TCM présentait une augmentation de la force de préhension de la main droite plus élevée (p < 0,05) que le groupe témoin (+ 1,2 kg soit 13,1 % en 3 mois, p < 0,01), ainsi qu’un temps de maintien des genoux en extension plus élevé (p  4 kg) et de surpoids et d’obésité à 7 ans d’environ 20 % étaient également observées (respectivement, RR = 1,21, IC95% = 1,07-1,38 ; RR = 1,21, IC95% = 1,01-1,50). Le risque de surpoids et d’obésité à 7 ans demeurait significativement augmenté après ajustement supplémentaire sur le poids de naissance. Ceci suggère que les effets à long terme de l’hyperglycémie maternelle passent par d’autres mécanismes qu’une croissance fœtale excessive (modifications épigénétiques, altérations de la neurogénèse et de la néphrogénèse, etc.). Les relations observées ne différaient pas selon le sexe de l’enfant ni en fonction de la prise de médicaments pour traiter le diabète gestationnel. Aucune association n’était observée à 5 et 12 mois, suggérant des effets différentiels en fonction des stades de l’enfance.

Des études complémentaires à plus long terme (adolescence et âge adulte), sur des populations diversifiées, ainsi que l’étude des mécanismes susceptibles d’expliquer ces résultats, permettront de documenter davantage les associations mises en évidence.

Sources : Growth and obesity through the first 7 y of life in association with levels of maternal glycemia during pregnancy: a prospective cohort study. Zhu Y et al. Am J Clin Nutr. 2016 Mar;103:794-800.

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